L’étonnante grève de l’Opéra de Paris
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La nouvelle réforme des retraites du gouvernement « En marche » suscite l’inquiétude et la révolte de nombreux corps de métier depuis maintenant plus d’un mois. Les grèves prolongées de la SNCF et la RATP paralysent le trafic, les magistrats et avocats manifestent devant les cours d’appel, le personnel de santé, les enseignants, les pompiers, en somme : la fonction publique, se mobilise contre le système de retraite par points et la fin des régimes spéciaux. Mais qu’en est-il de la culture ? Oui, le secteur culturel ne sera évidemment pas épargné, et se met à son tour en grève. Parmi les grévistes, L’Opéra de Paris. En signe de protestation, les musiciens, les chanteurs et les petits rats de l’opéra se sont produits gratuitement sur le parvis de l’opéra à la vue des passants enthousiasmés. Des vidéos des performances ont fait sensation sur les réseaux sociaux, et nous allons en étudier le traitement journalistique. Prenons pour exemple une vidéo du Huffington Post publiée sur la plateforme YouTube le 24 décembre 2019 : « Contre la réforme des retraites, la performance des danseuses devant l’Opéra de Paris ».
Le contenu vidéo d’illustration présenté est issu d’un compte Twitter, crédité en haut à gauche de l’écran.
Ce que l’on remarque dès le premier visionnage, c’est la place importante qu’occupe la vidéo d’illustration en elle même. La vidéo dure 3 minutes et montre tout d’abord les danseuses suivi de l’orchestre jouant la marseillaise à partir de 1’45 minutes. Il n’y a pas de commentaires auditifs, et peu d’infographie. Celle ci est simple, avec une police de couleur blanche, et commente l’action des employés de l’opéra et apporte des précisions sur l’impact de la réforme sur leur profession : « Jusqu’à présent, les danseuses pouvaient pouvait partir à la retraite à l’âge de 42 ans compte tenu de la “pénibilité” du métier et des risques de blessures. Avec la réforme, leur régime spécial crée sous Louis XIV crée en 1698 va disparaître suscitant de vives inquiétudes dans la profession. ».
On peut également s’attarder sur la miniature de la vidéo, ce qui représente un élément important pour attirer le spectateur et ainsi lui donner envie de cliquer. Dans ce cas c’est une photo issue de la vidéo, avec un deuxième titre (en plus de celui de la recherche YouTube) : « Une manif très chic ». Ce titre n’est pas anodin et donne l’effet d’une grève « plus noble », plus apaisée dans le milieu culturel car ce sont ici des lieux (comme le Louvre également en grève) symboliques, et des professions prestigieuses. Dans les vidéos que l’on a l’habitude de voir circuler est généralement rapportée la colère des travailleurs, les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, et souvent la violence. C’est donc une vidéo journalistique toute en sobriété, dont la visée est de reporter, prêter à voir, mais qui reste peu informative et didactique. Il n’y a, par exemple, pas d‘informations concernant l’impact de la réforme sur le secteur culturel en général ou d’interventions de personnes concernées. Cela ne traduirait peut-être pas assez le mécontentement et les inquiétudes de la profession. Cependant, cette forme journalistique par sa simplicité tend bien à montrer cette façon originale et gracieuse d’exercer son droit de grève.
La culture, au même titre que d’autres secteurs touchés par la réforme, a donc elle aussi de nombreuses revendications et protestations à partager. Elle le démontre ici par une prestation visuelle des plus remarquable.