Who can say where the road goes
La vidéo virale se caractérise tout d’abord par un nombre de vues très élevé, c’est un phénomène du web, une vidéo que l’on voit plusieurs fois dans la journé, que l’on partage et dont on parle.
Ce sont souvent des vidéos spontanées, qui montrent un moment du quotidien, mais dont un élément « extraordinaire » va nous faire rire, nous émouvoir parfois. Ce sont généralement des vidéos courtes, de basses qualités, avec pas ou peu de montage. Vidéos de chats, d’enfants innocents, d’animaux mignons, de chutes spectaculaires… tant de vidéos plus ou moins mise en scènes et dont les images nous marquent.
Il y a une dimension sociale très forte propre à ce type de vidéos dans la mesure où elles donnent lieu à des échanges, des commentaires ou encore des analyses tant dans la vraie vie que dans les espaces dédiés sur internet comme les barres de commentaires.
Nous avons choisi d’analyser une vidéo que l’on peut trouver sur YouTube, intitulée « Who can say where the road goes », qui dure seulement 12 secondes, montrant un enfant dans un parc de jeu. Celui ci est propulsé par le manège tournant, reste accroché à la barre et tend ses bras, se laissant emporter par le mouvement.
La vidéo est issue de la plateforme de vidéos Vines, maintenant fermée. Mais Vines, c’était le temple de la vidéo virale… des vidéos courtes mais efficaces, où les utilisateurs pouvaient « monter » leurs vidéos en les coupant, ce qui apportait des éléments de narrations.
La plateforme d’hébergement avait ouvert en janvier 2013 et fermait malheureusement en octobre 2016, laissant derrière elle toute une génération de « viners », qui ont dû se tourner vers d’autres applications. Son prédécesseur pourrait maintenant être Tik Tok, reprenant le même concept mais avec des éléments de montages plus sophistiqués.
Mais les vidéos sont restées et ont ressurgi sur YouTube ou d’autres sites, ravivant la nostalgie des utilisateurs, notamment par des compilations de vines.
Le vine a ainsi été modifié, l’image ralentie et une musique a été ajoutée. Les paroles who can say where the road goes issue de la chanson Only Time interprétée par la chanteuse Enya apportent toute la dimension dramatique, théâtrale (renforcée par le geste de l’enfant, résilié, contre la barre du manège) de cette scène tournée de façon amateur. La mise en scène ironiquement dramatique est suivie d’un « replay » de la scène, zoomé davantage sur l’enfant comme insistant sur le moment où la situation a dérapée.
De nombreuses vidéos reprennent ce moment de la chanson Only Time, dont la voix cristalline souligne un moment de déception, un retournement de situation, un drôle de drame pour la personne filmée. Par exemple, cette vidéo où un jeune homme fait tomber le tacos gratuit dont il était pourtant très fier :
Le procédé d’insérer une chanson dramatique est repris dans de nombreuses vidéos de ce genre. On peut également citer la chanson The sound of silence du groupe Simon and Garfunkel et ses célèbres paroles “Hello darkness my old friend” reprise dans de nombreuses vidéos comiques pour souligner le dépit et la tristesse que la personne victime d’un tourment de la vie éprouve. C’est cette superposition d’éléments musicaux à la vidéo qui lui donne son caractère mémorable. Les nombreux partages et la diffusion massive sur les réseaux sociaux lui confère alors une notoriété sans pareil.