Les archives audiovisuelles

LES ARCHIVES AUDIOVISUELLES

En ce qui concerne les archives, la toile est un des meilleurs et des plus grands supports d’archivage du patrimoine audiovisuel et cinématographique. Véritable relai des cinémathèques ou des instituts patrimoniaux, internet en regorge. 

D’après le groupe de travail Audiovisual Archiving Philosophy Interest Network (AVAPIN) et l’UNESCO, les archives audiovisuelles :  « Constituent des documents audiovisuels les oeuvres comprenant des images et / ou des sons reproductibles réunis sur un support matériel dont : l’enregistrement, la transmission, la perception et la compréhension exigent le recours à un dispositif technique;le contenu visuel présente une durée linéaire ; le but est de communiquer ce contenu et non d’utiliser la technique mise en oeuvre à d’autres fins ».

Au sens large, ce sont des éléments audiovisuels comme des programmes télévisés, des films, des émissions radiophoniques dont on a enregistré l’existence et que l’on garde. Que ce soit par valeur patrimoniale, d’archivage national, de mémoire collective ou de manière amateure tout simplement de souvenirs. En France, des organismes nationaux tel que l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), la Bibliothèque National de France (BNF) ont cette mission d’archivage de la mémoire audiovisuelle française, ainsi que des organisme régionaux ou départementaux comme le Val de Marne qui possède un site fourni (http://archives.valdemarne.fr/f/FondAudioVisuels/tableau/)

Le métier d’archiviste nécessite un réel savoir faire dans la conservation et le recueil des documents, car il faut faire fasse à des normes et règles relatives. il y a aussi un travail de numérisation technique, ces supports ayant des spécificités et des enjeux différents. La profession ayant forcément connue un bouleversement à l’arrivée du numérique. 

Les sites d’archives en lignes ont fleuris depuis nombre d’années avec évidemment l’INA, le CNC, et les organismes territoriaux. Mais il y a aussi beaucoup de sites ne dépendant d’aucuns organismes qui répertorient des archives audiovisuelles comme archives.org, qui donne accès à une immense base de contenu. Les archives sont également publiés sur les sites de partis politique, comme le site Cinearchives.org qui conserve et met à disposition les archives vidéos du parti communiste français. 

( https://www.cinearchives.org ) 

Certaines boîtes de production de cinéma mettent aussi à disposition leur base de données, surtout avec des anciens reportages ou documents vidéos comme Pathé et Gaumont. 

(http://www.gaumontpathearchives.com/index.php?urlaction=doc&id_doc=1260&rang=3 )

Reflet d’une époque, informations sur les moeurs d’un temps plus ancien, volonté de perpétuer le patrimoine et de le transmettre à des publics plus jeunes, les qualificatifs ne manque pas pour décrire la valeur de ces archives audiovisuelles ainsi que leur utilité. 

Nous nous intéresserons aujourd’hui à une vidéo issue des archives du Forum des Images et postée sur Youtube le 13 avril 2017. Le Forum détient une chaîne Youtube appelée “Paris – Forum des images” où sont postés des images d’archives de la ville de Paris, des reportages et des interviews. il y a plusieurs rubriques qui mettent Paris à l’honneur sous différents thèmes. 

Elle met à l’honneur le photographe de renom : Robert Doisneau et la vision qu’il a su conférer de Paris à travers ses clichés. La vidéo se compose ainsi : une voix over qui décrit son oeuvre magistrale, une séquence d’interview avec le photographe, le tout entrecoupé des plus célèbres photographies de l’artiste. Il y décrit sa vision de Paris et de ses habitants les parisiens qui lui sont chers. Il explique que du “moindre détail on se fait un monde”et c’est cela qu’il cherchait à transmettre. Les détails de la vie quotidienne. Son Paris n’est pas figé, il est vivant à l’image de ses clichés. Il nous emmène, à travers son interview, dans un Paris au charme discret. Il y décrit ses endroits préférés comme les nombreux passages présents dans la capitale. A travers son montage, la vidéo illustre ses propos et nous emmène sur ces lieux, dans son Paris à lui. 

L’intérêt de cette archive est de présenter une certaine vision de la ville, à un temps révolu mais qui persiste dans les mémoires et qui vient alimenter l’imaginaire collectif à travers les yeux d’un artiste et à sa vision si particulière. 

Le Fan Film

Le fan-film est une pratique amateur de réappropriation d’un contenu, d’un univers par des fans de l’oeuvre originale. Il consiste à inventer une nouvelle trame à un univers déjà existant. Avec le développement d’internet et des pratiques numérique c’est un art qui a fleuri depuis ces deux dernières décennie et dont la pratique se perpétue encore de nos jours. Ce sont des films en référence à d’autres films créés par des admirateurs de l’oeuvre originale. La pratique a aussi évoluée car il existe des fan films produits par des grosses sociétés de production, avec beaucoup de budgets. 

Pour évoquer cette pratique nous avons décider de choisir un fan film complètement amateur. 

Le fan film s’intitule Don’t fear the reaper et a été publié sur la plateforme Youtube le 31 octobre 2014, sur la chaîne Linville Productions. La chaîne comprend 1015 abonnés et n’a pas posté de vidéos depuis maintenant 5 ans. Elle est tenue par deux amis, qui ont maintenant une chaîne de critiques cinéma plus actives, d’un peu plus de 2000 abonnés. Ces deux jeunes hommes se sont spécialisés dans les fan films sur leur première chaîne, avec notamment pour Psychose. 

Leur film Don’t fear the reaper est un fan film de Halloween de John Carpenter, ce classique du cinéma d’horreur sorti en 1978. 

Le fan film dure environ 14 minutes, et les réalisateurs ont inscrits dans la description de la vidéo que “ Don’t Fear The Reaper is my tribute to the original John Carpenter masterpiece. The movie doesn’t tie into any direct continuity, it’s just a simple story of Michael Myers stalking teenagers like he did in the original.” 

Le court métrage est donc un hommage à ce chef d’oeuvre, qui reprend le célèbre psychopathe masqué (tueur de baby sitters)  : Michael Myers. Cette fois il n’est pas question de babysitters dans ce “remake”, mais on suit des adolescents face à des apparitions de Michael Myers.

On peut observer un travail de reproduction dans les décors, l’environnement du film avec ces grandes allées de maisons américaines, le lycée, et ces pavillons qui rappellent l’oeuvre originale. De plus, la célèbre musique d’épouvante du film est également reprise, pour recréer ce sentiment d’angoisse. 

Le court métrage est très amateur et la qualité assez médiocre surtout concernant le son. Cependant la vidéo date de 2014 et les appareils de vidéos amateurs n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui. Le scénario est simple mais ils tentent de reproduire les codes du genre cinématographiques, ainsi que la narration codifié. On notera cependant l’importance qu’ont accordé ses créateurs aux différentes échelles de plans et à leur volonté de réaliser une mise en scène recherchée et quelque peu crédible. 

Ce fan film fut donc réalisé par des cinéphiles avérés et grands admirateurs de l’oeuvre de John Carpenter. Leur volonté de se placer dans la continuité de grands réalisateurs, de leur rendre un certain hommage et de vouloir continuer à faire vivre leur création dénote d’un aspect touchant de cette pratique amateur. Bien qu’elle puisse être considérée comme de piètre qualité, cette oeuvre n’en reste pas moins une création significatrice d’un héritage cinéphile. Elle le transforme en une sorte de bien commun où chacun peut y ajouter sa contribution bien qu’elle soit produite de la part d’un public néophyte en la matière. Les fans disposent malheureusement bien souvent de peu de moyens techniques et d’un manque de formation en pratique cinématographique. Le résultat final laissera la communauté de fans tout de même attendris et projetée une nouvelle fois dans un univers qui lui est cher. 

L’art numérique

L’art numérique désigne un ensemble varié de catégories de création utilisant les spécificités du langage et de dispositifs numériques comme l’ordinateur, les interfaces ou réseaux. 

Le domaine compte maintenant des festivals comme la Biennale internationale d’art numérique. 

Il diffère de l’art vidéo classique car il y a une dimension supérieure qu’est le numérique et donc l’utilisation des outils informatiques tandis que l’art vidéo peut être simplement le fruit d’un travail utilisant des outils de l’audiovisuel et des formes cinématographique. Dans l’art vidéo numérique il n’est pas seulement question de l’informatique et des réseaux numériques dans la diffusion, mais bien dans la conception initiale, et dans le processus créatif de l’oeuvre. C’est une rencontre entre le programme informatique, le calcul de l’ordinateur et les interfaces et parfois la réalité virtuelle, la robotique et l’interactif, pour créer une oeuvre artistique. 

L’art vidéo numérique prend évidemment de plus en plus de place dans les expositions car le numérique et le digital sont des enjeux primordiaux de notre époque qui se doivent d’être intégrés dans le monde muséal. Il y a également une volonté de mêler formes d’arts classiques et anciennes (sculpture, peinture, cinéma…) à d’autres formes plus modernes que sont l’art numérique. Aujourd’hui, l’art vidéo numérique peut être une forme d’art majoritairement accessible à tous car nous possédons facilement des outils informatiques. L’art vidéo numérique peut se caractériser par des créations à l’aide de logiciels informatiques et peuvent aussi être largement diffusés par les réseaux et plateformes de vidéos comme Youtube ou Vimeo. 

La vidéo que nous avons choisie s’intitule «L’art numérique par deux étudiants de BCCN3 : Matière noire ». C’est une vidéo de 3 minutes réalisé par des étudiants de l’école Made iN Sainte Marie de Lyon. 

D’après la description, le projet aborde les thèmes de la fragilité de l’existence, la futilité du plaisir et le triomphe de la mort, par « une exploration audiovisuelle et sensorielle ». 

Deux étudiants se sont lancés dans l’aventure de l’art numérique et ont créé une installation intitulée Matière Noire en référence à ce qui est un sujet d’étude de la communauté scientifique et toujours un sujet qui donne matière à de nombreuses recherches. 

Leur installation est constituée de cercles et de spirales en plastique sur lesquels sont projetés en nombres des images à l’aide d’un vidéo-projecteur. Les images présentes des formes discernables ainsi que des formes indistinctes qui, une fois projeté sur les cercles, forme un résultat splendide. On assiste en tant que spectateur à un véritable spectacle visuel. Le son occupe quant à lui une place centrale également dans l’installation. Celui-ci est profondément énigmatique et renforce l’incommensurabilité de la matière noire, et ainsi, illustre parfaitement le propos de l’oeuvre d’art et de son sujet. 

C’est donc une vision éthérée que les deux étudiants donne à ce sujet éthéré. La matière noire est par définition invisible. Le point de vue de ces artistes sur le sujet semble donc iréèl et offre un rendu sublime uniquement atteignable par le biais de ce qu’offre l’art numérique en termes d’expérimentation artistique. 

L’art numérique permet notamment de rendre le sujet mouvant à la manière d’un film. Il permet de rentrer dans la catégorie des spectacles qualifiés souvent de “son et lumière”. C’est à dire d’audios couplé à des projections visuelles. 

Ici, la vidéo donne une dimension supplémentaire à l’installation numérique, car en soit l’installation est filmée ce qui donne une production artistique supplémentaire et un travail d’immersion dans la matière noire.

Le Web-Documentaire

Le web-documentaire se caractérise par sa capacité à saisir et filmer le réel. Il est supposé de pas avoir de parti pris et se contente de retranscrire la réalité montrée à l’image. Cependant, en fonction de ce qu’il montre à l’image, le public saura identifier les points de vue idéologiques qui s’en détachent. 

Il a pris un essor important ces dernières années avec la massification du public sur les plateformes web. Les vidéastes peuvent maintenant créer un documentaire dans le but de le diffuser sur le Web et donc toucher un large public même par une production amateure. C’est une diffusion de son savoir, mais aussi une expression sincère ou un message à faire passer. 

La plateforme de vidéos Youtube contient elle aussi de nombreuses vidéos de ce type. 

La Youtubeuse et “influenceuse” Molly Burke, qui est aussi une “motivational speaker” c’est à dire une personne intervenant dans les lieux scolaires pour faire part de son expérience, a réalisé avec son équipe une série de dix épisodes consacrés à dépasser ses plus grandes peurs. Il faut également noter que Molly Burke est aveugle depuis ses quatorze ans. Elle compte près de deux millions d’abonnés et est d’origine canadienne. Elle se met en scène sur sa chaîne Youtube et traite principalement de son quotidien en tant que jeune femme aveugle. 

Elle est bien évidemment entourée d’une équipe composée de cameraman et de monteurs nécessaires à l’élaboration de ce web-documentaire. 

Dans cet ultime épisode de sa série The Ten Year Journey, elle se rend au musée du Louvre accompagnée de sa mère et rend compte à son public de ce que représente pour elle se rendre dans un lieu de contemplation artistique dans la mesure où de par sa condition elle n’y a pas accès de la même manière qu’une personne lambda. 

Sa mère lui décrit alors le plus célèbre tableau du monde ; La Joconde de Léonard de Vinci. 

Cette vidéo de 13 minutes 10 est composée de nombreux plans. Tout d’abords, elle débute sur une présentation par Molly de l’épisode du jours Elle fait part de son appréhension à son public. Une caméra embarquée la suit alors devant et dans le musée et filme chacune de ses réactions. Enfin la vidéo s’achève sur un plan taille de la youtubeuse où cette dernière revient une dernière fois sur les événements auxquels elle a été confronté et de ses émotions ressenties. On note aussi la présence de musique classique en fond qui vient mettre l’accent sur l’aspect touchant et quelque peu triste du contenu de la vidéo. On peut qualifier ce contenu vidéo de “vlog” à l’image de ce que l’on peut trouver sur Youtube, c’est à dire une vidéo retraçant un moment : une journée, un voyage, une sortie de la vie du vidéaste. La personne filme son quotidien et ce qui l’entoure. Cette forme de contenu, accompagnée de témoignages, de la mise en scène et parfois de l’infographie prend toute les caractéristiques d’un web documentaire, et fait même part d’une dimension très personnel. 

Au travers de cet épisode de cette série documentaire ou plutôt de documentaire que l’on pourrait qualifier de “tranche de vie” ou “d’expérience inédite”, le spectateur assiste à une expérience unique et jamais vu auparavant qui est celle de contempler le rapport à l’art des personnes malvoyantes et la manière dont ces personnes appréhendent quelque chose auquelle elles sont malheureusement privées d’accès. C’est un témoignage d’un dépassement de soi et appelle à vaincre ses peurs. C’est un documentaire sensible, touchant et très vrai, pur car sa forme est très spontanée. Le web documentaire peut donc venir à des formes de documentaire très réaliste et « primaires » assez différentes de certaines formes cinématographiques. 

La vidéo Tutoriel

Les vidéos tutoriels sont très courantes en particulier sur la plateforme Youtube. Que ce soit des tutoriels pour apprendre à jouer d’un instrument, à dessiner, à se maquiller ou à se coiffer… il y en a pour tous les goûts. Certains vidéos peuvent être très amateures et la pratique se veut aussi intergénérationnelle. En effet, on peut trouver de nombreux tutoriels (souvent maladroits)  réalisés par des jeunes adolescents, ou bien des personnes plus âgées… L’aspect amateur se fait aussi par les moyens techniques parfois très simplistes : vidéos tournées à la webcam, sans montages… 

Elles se présentent souvent sous la forme de vidéos courtes et parfois amusantes. Son format rend la pratique ludique. 

Le nouvel essor que prend la pratique du DIY (Do It Yourself) attire un public de plus en plus nombreux. 

Ce tutoriel de 24min42 intitulée “Peinture acrylique : 15 techniques et astuces (Tuto 2019)” en est un bon exemple. Elle est entièrement réalisée par Anthony Chambaud un artiste-peintre spécialisé en peinture abstraite et peinture moderne. Sur sa chaîne, il partage ses oeuvres mais également nombre de conseils et astuces propre à son métier et à son travail d’artistes et ce afin de transmettre ses savoirs et ses compétences via la plateforme de vidéos Youtube. En terme de contenu, ici, il présente ses conseils pour se familiariser à la pratique de la peinture acrylique et souligne que cette dernière n’est pas toujours aisée d’où la nécessité de ce tutoriel. La vidéo cumule plus de 87 000 vues et l’artiste compte plus de 53 000 abonnés à sa chaîne créée le 20 février 2008. 

La vidéo est tournée de manière amateur probablement au domicile de l’auteur. Elle est constituée majoritairement de plans poitrine où l’artiste parle et donne ses explications. Il utilise de l’infographie pour décomposer son contenu en quinze parties distinctes. Il y a de nombreux cuts et insert d’images comme la couverture d’un livre d’art par exemple. Il présente aussi ses différents outils et accessoires nécessaires à la pratique de la peinture acrylique (pinceaux, tenues pour peindre etc). Il présente également sous formes de schémas insérés à l’image le coût en moyenne des matières premières. On trouve aussi des plans filmés en caméra subjective où l’on voit seulement la main de l’artiste faire la démonstration en image d’une technique de mélange des couleurs primaires avec une voix over superposée à l’image qui fournit en même temps des explications. 

La vidéo permet donc à un public néophyte de se familiariser avec les conseils et techniques propres à la pratique de cette forme d’art. 

Le fait que le vidéaste soit lui-même artiste joue et diffuse ses oeuvres sur la plateforme Youtube lui donne aussi une visibilité. De plus, cela apporte plus de crédibilité aux nombreux tutoriels présents sur sa chaîne. 

Le format que prennent ces tutoriels offre donc une “mini formation” qu’il est plus facile de suivre dû au fait que la vidéo peut être mise en pause à tout moment. De plus, ces mini-cours sont accessibles via internet et donc à n’importe quel endroit et à n’importe quel moment ainsi qu’à n’importe qui ! 

Tout comme les vidéos éducatives et de vulgarisation, il est question d’un accès amplifié à la culture pour ceux qui le souhaitent peu importe l’endroit et les bourses. C’est un moyen pour certains viewers de devenir totalement autodidactes dans un domaine et ici de maîtriser une pratique artistique dont les cours sont onéreux comme la musique par exemple. 

Le tutoriel, bien plus qu’un outil d’aide et de conseil, s’avère parfois tenir un rôle d’une dimension bien plus importante.

La vidéo éducative

LA VIDÉO ÉDUCATIVE 

A partir des années 2010, l’enseignement en ligne et à distance appelé MOOC (Massive Online Open Course) a connu un important succès et s’est de plus en plus développé. Ces sites permettent la retransmission de contenu éducatif et souvent universitaire sur internet à la disposition de tous et fréquemment gratuitement. De nombreuses universités (Stanford, MIT, Berkeley…) se sont lancées dans l’aventure. 

En France le dispositif, apparu un peu plus tard, se nomme FUN (France Université Numérique). 

Depuis quelques années, les vidéos éducatives relevant de la vulgarisation ont émergé et rencontré un vif succès notamment sur la plateforme Youtube. 

Nous avons choisi d’analyser une vidéo intitulé “Le cinéma néoréaliste italien” de la chaîne L’histoire en 5 minutes. La création de la chaîne remonte  à 2016 et compte 15,9 k abonnés. Son activité est de la vulgarisation historique dans un but pédagogique. 

La vidéo date du 1er juillet 2019 et cumule plus de 2000 vues. 

Elle se présente sous la forme d’une vidéo tournée face à un tableau sur lequel le vidéaste écrit, accompagné d’une voix off et d’éléments d’infographies : insertion d’images, icônes, couleurs… reprenant le schéma de vidéos relatif à la chaîne en général peu importe le thème historique. 

En ce qui concerne le contenu, il s’agit d’un important travail de contextualisation historique de la période du néo réalisme italien au cinéma. Tout en expliquant les concepts artistiques qui y sont liés. Il y a beaucoup de dates, d’informations et de repères historiques. C’est donc un enseignement assez complet.

On peut observer une augmentation de la vulgarisation, notamment sur la plateforme Youtube, que l’on peut corréler à la baisse de la fréquentation des mooc. L’intérêt du contenu de vulgarisation est qu’il permet au spectateurs un accès facilité à des connaissances, en regardant des vidéos didactique, parfois ludique. Les vidéos sont aussi généralement très imagées ce qui favorise la mémorisation des informations. Il y a de plus une relation dialogique entre la voice over et l’image qui renforce ces caractéristiques pédagogiques. Parfois, la proximité du vidéaste avec sa communauté (franc parlé, langage amical…) renforce l’apprentissage et la fidélité du viewer car il a l’impression d’échanger avec un ami, tout en apprenant. 

Cependant, les vidéos de vulgarisation demeurent une pratique parfois amateur, réalisé par des non-spécialistes, même si il est souvent question de personnes diplômées dans le domaine, ou professionnels. 

Il peut y avoir une nécessité de vérification de la véracité des informations, et parfois un manque de sources relayées. 

La vulgarisation favorise donc la démocratisation de la culture, car il est question de partage et de la transmission d’une passion et d’un savoir, bien que la vidéo soit parfois peu lucrative pour le créateur.

Les vidéos Mashup

Bonjour et bienvenue sur Culture Décryptage.

Véritable phénomène du web, le mashup a gagné en popularité au cours des années 2010 et ne finit pas de séduire le public. Entre pratique amateur et montage professionnel celui ci prend des formes diverses et variées. 

La vidéo Mashup est généralement un contenu humoristique et décalé. C’est une fusion d’éléments issus de plusieurs sources en un. On peut différencier différents types de Mashup comme le Retrailer, le supercut, le Shred, le Sampling ou le simple détournement. Ces vidéos s’inscrivent dans une démarche de réappropriation d’œuvres et de références culturelles, souvent dans le domaine cinématographique ou musical. 

Nous avons choisi la vidéo intitulée Game of Thrones VS Astérix et Obélix mission Cléopâtre de la chaîne What’s the Mashup. La vidéo cumule plus de 600 000 vues. Quant à la chaîne Youtube dédiée exclusivement à cette pratique, elle compte plus de 90 000 abonnés, preuve que le mashup est une pratique qui amuse et qui plait. 

Cette vidéo est un mashup mélangeant des images de la série Game of Throne issuent de la première saison avec des dialogues du film Astérix et Obélix Mission Cléopâtre sorti en 2002. Ici, le Mashup s’appuie sur la pratique du LipSync c’est à dire une sorte de doublage vocal qui fait illusion. 

Ce contenu fait évidemment preuve d’un ton humoristique, mais joue sur le décalage entre les deux genres d’extraits utilisés. La scène de Game of Throne est un moment important du scénario, et on ressent toute cette tension par les images. Ce moment est en décalage avec les répliques humoristiques et le jeu prononcé de Jamel Debouze comme par exemple la réplique “Quand j’étais petit, papa me racontait souvent l’histoire de ce druide”. Ce mashup agit sur le spectateur comme une rupture de ton : par l’inadéquation entre la situation dramatique et les paroles de Jamel Debouze.

Ce décalage fait aussi effet par le fait que deux productions cinématographiques totalement différents s’entremêlent. L’une est un succès planétaire : une série américaine à très gros budget, référence pour toute une génération. L’autre est une comédie française populaire aux dialogues cultes, essentiellement connue par un public francophone. Mais ce sont deux productions ayant connu un énorme succès, seulement à des échelles différentes. 

On peut considérer la réalisation de Mashup comme entrant dans la catégorie des pratiques de fans. Ces derniers se réapproprient du contenu issu de production devenue mainstream et les transforme en contenu comique et ce, afin de divertir un public généralement plutôt jeune. De nombreuses chaînes Youtube sont de nos jours dédiées à cette pratique. On la retrouve aussi sur des applications plus récentes comme la plateforme de vidéos Tik Tok. 

Le contenu devient ainsi un élément à part entière de la Pop Culture c’est à dire une culture transmise via les médias de masse et orienté vers un public qui a en tête les références sur lesquelles va jouer le mashup et lui donner tout son intérêt. Cette pratique vise à l’appropriation d’images par le public pour développer un contenu apportant un autre sens aux œuvres originales. 

La vidéo militante : Handmaid’s Tale Protest

Militantisme et pop culture

Aujourd’hui dans Culture Décryptage nous allons nous intéresser à la vidéo militante.

Le 27/06/2017 une vidéo postée sur Twitter par l’internaute Bryanna Quillin, intitulée “Handmaid’s Tale protest at the Capitol” a fait réagir la communauté présente sur le réseau social. Réputé pour sa capacité à diffuser de l’information en temps réel lors de divers évènements, Twitter permet depuis de nombreuses années à ses utilisateurs de suivre en direct des manifestations politiques.

La vidéo dure seulement 18 secondes et possède 750 vues à ce jour mais c’est une des rares vidéos sources que l’on peut trouver sur ces manifestations. De nombreux journaux ont relayé les évènements par la suite (NBC, The Guardian). Concernant l’auteure de ce poste, il s’agit d’une militante soutenant le candidat démocrate Cory Booker.

La manifestation se tient à Washington, en opposition aux déclarations anti avortements de Donald Trump, et des lois répressives sur l’avortement dont font l’objet plusieurs États américains conservateurs. 

On y voit un cortège de femmes, marchant lentement et habillées toutes en costumes de la série The Handmaid’s tale, La Servante Ecarlate pour son titre français. 

Une vidéo militante est souvent prise sur le vif et sert à encapsuler un problème de société que les militants cherchent à dénoncer. Elle peut aussi servir à marquer les esprits en étant parfois “crue”. Ce n’est pas le cas ici cependant l’effet visuel est remarquable.

En effet, la série traite de l’exploitation de servantes fertiles dont le seul but est la reproduction au sein d’une société dystopique religieuse où les femmes sont en grande  majorité stérile. Au delà de cela c’est une série qui parle du droit des femmes dans un univers où elles se trouvent fortement oppressées et réduite à l’esclavage. 

De nombreuses femmes militantes pour le droit à l’avortement ont donc manifesté arborant  les mêmes costumes que les servantes de la série. Ceci afin de véhiculer un message fort et de reprendre en même temps un élément issu de la culture populaire connu par une grande majorité de la population, la saga ayant eu un succès assez conséquent. Ce sont des costumes qui résonne dans  l’imaginaire du public. 

Les couleurs plutôt criardes des costumes leur confère une reconnaissance facile par le public qui les voit défiler. Faire appel à un imaginaire collectif afin d’aider à une cause est un choix stratégique intéressant et relativement nouveau.

Le mouvement a notamment été repris dans le monde et notamment en Argentine ou en Irlande où des militantes activistes et des supportrices pour le droit des femmes se vêtissent de ces mêmes costumes. Elles y dénoncent un “système tyrannique” où le droit des femmes à disposer de leur corps n’est pas ancré dans la loi et encore moins  dans la société. 

Les activistes font des parallèles entre la politique de Donald Trump et la série elle-même. Cela a même été reconnu par l’autrice de la saga littéraire Margaret Atwood. Au delà de cela ce sont certain aspects de la politique républicaine qui sont mis en cause. 

En manifestant en costumes, ces femmes reprennent des éléments de fiction pour porter des revendications dans la réalité. 

De plus, The Handmaid’s tale est une dystopie. C’est aussi une façon de faire ce rapport réalité-fiction en dénonçant les failles de notre système actuel, et c’est une façon de montrer que la dystopie n’est elle, pas si loin. 

La vidéo virale

Who can say where the road goes

La vidéo virale se caractérise tout d’abord par un nombre de vues très élevé, c’est un phénomène du web, une vidéo que l’on voit plusieurs fois dans la journé, que l’on partage et dont on parle. 

Ce sont souvent des vidéos spontanées, qui montrent un moment du quotidien, mais dont un élément « extraordinaire » va nous faire rire, nous émouvoir parfois. Ce sont généralement des vidéos courtes, de basses qualités, avec pas ou peu de montage. Vidéos de chats, d’enfants innocents, d’animaux mignons, de chutes spectaculaires… tant de vidéos plus ou moins mise en scènes et dont les images nous marquent. 

Il y a une dimension sociale très forte propre à ce type de vidéos dans la mesure où elles donnent lieu à des échanges, des commentaires ou encore des analyses tant dans la vraie vie que dans les espaces dédiés sur internet comme les barres de commentaires. 

Nous avons choisi d’analyser une vidéo que l’on peut trouver sur YouTube, intitulée « Who can say where the road goes », qui dure seulement 12 secondes, montrant un enfant dans un parc de jeu. Celui ci est propulsé par le manège tournant, reste accroché à la barre et tend ses bras, se laissant emporter par le mouvement. 

La vidéo est issue de la plateforme de vidéos Vines, maintenant fermée. Mais Vines, c’était le temple de la vidéo virale… des vidéos courtes mais efficaces, où les utilisateurs pouvaient « monter » leurs vidéos en les coupant, ce qui apportait des éléments de narrations. 

La plateforme d’hébergement avait ouvert en janvier 2013 et fermait malheureusement en octobre 2016, laissant derrière elle toute une génération de « viners », qui ont dû se tourner vers d’autres applications. Son prédécesseur pourrait maintenant être Tik Tok, reprenant le même concept mais avec des éléments de montages plus sophistiqués. 

Mais les vidéos sont restées et ont ressurgi sur YouTube ou d’autres sites, ravivant la nostalgie des utilisateurs, notamment par des compilations de vines. 

Le vine a ainsi été modifié, l’image ralentie et une musique a été ajoutée. Les paroles who can say where the road goes issue de la chanson Only Time interprétée par la chanteuse Enya apportent toute la dimension dramatique, théâtrale (renforcée par le geste de l’enfant, résilié, contre la barre du manège) de cette scène tournée de façon amateur. La mise en scène ironiquement dramatique est suivie d’un « replay » de la scène, zoomé davantage sur l’enfant comme insistant sur le moment où la situation a dérapée. 

De nombreuses vidéos reprennent ce moment de la chanson Only Time, dont la voix cristalline souligne un moment de déception, un retournement de situation, un drôle de drame pour la personne filmée. Par exemple, cette vidéo où un jeune homme fait tomber le tacos gratuit dont il était pourtant très fier :

Le procédé d’insérer une chanson dramatique est repris dans de nombreuses vidéos de ce genre. On peut également citer la chanson The sound of silence du groupe Simon and Garfunkel  et ses célèbres paroles “Hello darkness my old friend” reprise dans de nombreuses vidéos comiques pour souligner le dépit et la tristesse que la personne victime d’un tourment de la vie éprouve. C’est cette superposition d’éléments musicaux à la vidéo qui lui donne son caractère mémorable. Les nombreux  partages et la diffusion massive sur les réseaux sociaux lui confère alors une notoriété sans pareil. 

L’étonnante grève de l’Opéra de Paris

L’étonnante grève de l’Opéra de Paris

Bonjour, et bienvenue sur Culture Décryptage.

La nouvelle réforme des retraites du gouvernement « En marche » suscite l’inquiétude et la révolte de nombreux corps de métier depuis maintenant plus d’un mois. Les grèves prolongées de la SNCF et la RATP paralysent le trafic, les magistrats et avocats manifestent devant les cours d’appel, le personnel de santé, les enseignants, les pompiers, en somme : la fonction publique, se mobilise contre le système de retraite par points et la fin des régimes spéciaux. Mais qu’en est-il de la culture ? Oui, le secteur culturel ne sera évidemment pas épargné, et se met à son tour en grève. Parmi les grévistes, L’Opéra de Paris. En signe de protestation, les musiciens, les chanteurs et les petits rats de l’opéra se sont produits gratuitement sur le parvis de l’opéra à la vue des passants enthousiasmés. Des vidéos des performances ont fait sensation sur les réseaux sociaux, et nous allons en étudier le traitement journalistique. Prenons pour exemple une vidéo du Huffington Post publiée sur la plateforme YouTube le 24 décembre 2019 : « Contre la réforme des retraites, la performance des danseuses devant l’Opéra de Paris ».

Le contenu vidéo d’illustration présenté est issu d’un compte Twitter, crédité en haut à gauche de l’écran. 

Ce que l’on remarque dès le premier visionnage, c’est la place importante qu’occupe la vidéo d’illustration en elle même. La vidéo dure 3 minutes et montre tout d’abord les danseuses suivi de l’orchestre jouant la marseillaise à partir de 1’45 minutes. Il n’y a pas de commentaires auditifs, et peu d’infographie. Celle ci est simple, avec une police de couleur blanche, et commente l’action des employés de l’opéra et apporte des précisions sur l’impact de la réforme sur leur profession : « Jusqu’à présent, les danseuses pouvaient pouvait partir à la retraite à l’âge de 42 ans compte tenu de la “pénibilité” du métier et des risques de blessures. Avec la réforme, leur régime spécial crée sous Louis XIV crée en 1698 va disparaître suscitant de vives inquiétudes dans la profession. ».

On peut également s’attarder sur la miniature de la vidéo, ce qui représente un élément important pour attirer le spectateur et ainsi lui donner envie de cliquer. Dans ce cas c’est une photo issue de la vidéo, avec un deuxième titre (en plus de celui de la recherche YouTube) : « Une manif très chic ». Ce titre n’est pas anodin et donne l’effet d’une grève « plus noble », plus apaisée dans le milieu culturel car ce sont ici des lieux (comme le Louvre également en grève) symboliques, et des professions prestigieuses. Dans les vidéos que l’on a l’habitude de voir circuler est généralement rapportée la colère des travailleurs, les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, et souvent la violence. C’est donc une vidéo journalistique toute en sobriété, dont la visée est de reporter, prêter à voir, mais qui reste peu informative et didactique. Il n’y a, par exemple, pas d‘informations concernant l’impact de la réforme sur le secteur culturel en général ou d’interventions de personnes concernées. Cela ne traduirait peut-être pas assez le mécontentement et les inquiétudes de la profession. Cependant, cette forme journalistique par sa simplicité tend bien à montrer cette façon originale et gracieuse d’exercer son droit de grève.

La culture, au même titre que d’autres secteurs touchés par la réforme, a donc elle aussi de nombreuses revendications et protestations à partager. Elle le démontre ici par une prestation visuelle des plus remarquable.

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